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L’Arctique est en danger et ce pour de nombreuses raisons. GLACIALIS souhaite œuvrer activement à sa protection et à une meilleure connaissance de sa biodiversité. C’est pourquoi nous portons un projet d’expédition qui ne peut voir le jour sans votre générosité et votre aide financière. Afin d’éclairer votre choix, nous vous exposons les menaces qui pèsent sur elle et surtout nous présenterons les défis qui nous attendent si nous souhaitons sauver cette aire géographique si fragile dont nous dépendons…

L’Arctique, des paysages et des êtres vivants diversifiés

Rien que de la banquise ?

© Virginie Wyss, Islande

L’Arctique est la région comprise entre le Pôle Nord et le cercle polaire arctique. Elle comprend l’océan du même nom, dont une partie dégèle l’été. Dans notre imaginaire occidental, il s’agit d’une longue banquise quasi-déserte. C’est en réalité un ensemble de paysages couvrant environ 20 millions de km². Au Nord, la glace et la neige prédominent, puis l’on retrouve la toundra et en limite, la forêt boréale ou taïga. Mais la majorité de l’Arctique est aquatique.

Une zone riche en biodiversité

L’Arctique accueille une biodiversité unique particulièrement adaptée aux conditions de vie extrêmes. Elle englobe environ 21 000 espèces, allant des plus charismatiques comme l’ours polaire aux moins étudiées mais au rôle crucial, que sont les micro-organismes, à la fois source alimentaire de beaucoup d’espèces et pompe à carbone, la photosynthèse des micro-organismes consommant de grandes quantités de CO2. Cette biodiversité est intimement liée aux aspects tant matériels que spirituels du mode de vie des humains qui peuplent la région. 

Des pressions terrestres et marines d’origine humaine

On a tous en tête l’image de l’ours polaire retranché sur son bout de glaçon. Mauvaise nouvelle, la diminution du territoire de chasse de cet ours n’est que la partie visible de l’iceberg des problématiques naturelles en Arctique ! Ce monde méconnu fait l’objet de multiples pressions qui fragilisent en profondeur tout l’écosystème. A la source, deux principales pressions : le réchauffement climatique et les activités humaines. Ils ont des répercussions complexes sur les écosystèmes. Nous vous proposons de les passer en revue…

La première menace : le réchauffement de l’air et de l’océan

Le dégagement des émissions de gaz à effet de serre qui est issu des activités humaines génère une augmentation de la température de l’air à la surface de la Terre. L’Arctique se réchauffe au moins deux fois plus vite que le reste de la planète en raison de boucles de rétroaction selon un rapport de l’AMAP en 2015. Ainsi, même si nous arrivons à maintenir un réchauffement à 2°C d’ici à 2100 (scénario visé par les Accords de Paris), la température de l’air en Arctique y augmentera de 2,8 à 7,8°C, selon la CAFF (2013). L’océan se réchaufferait quant à lui de 0,7 à 2,7°C d’ici à 2100 selon la trajectoire climatique adoptée par la société, d’après Laurent Bopp, Alexandre Magnan et Jean-Pierre Gattuso.

Sur terre

Des conditions climatiques plus chaudes pourront progressivement transformer la toundra en forêt, les terres en tourbières, et feront complètement fondre la banquise estivale d’ici à 2050, d’après les modélisations d‘une vaste étude parue en 2020. Le changement de milieu se traduit déjà par un déplacement des espèces vers le Nord, quand elles le peuvent, pour retrouver des conditions de vie satisfaisantes. Ce phénomène pourra exposer les espèces à une plus forte compétition pour les ressources, et à une possible hybridation entre certaines. Par exemple, le renard arctique est menacé par le renard roux, qui tue ses petits et vole ses terriers, comme l’a observé la documentariste animalière Marie-Hélène Baconnet. La fonte de la banquise impactera particulièrement les espèces les plus dépendantes de celle-ci pour la chasse ou la reproduction, comme c’est le cas pour l’ours polaire et les phoques.

En mer

© Tara Expéditions

Les menaces que nous venons de décrire résultent de phénomènes globaux. Voici maintenant quelques pressions plus locales exercées sur l’océan Arctique en raison de la présence de l’homme.

Le déplacement des aires de répartition en raison du réchauffement climatique concerne également des centaines d’espèces aquatiques, (invertébrés, poissons, mammifères), selon les chercheurs français Laurent Bopp et ses collègues. Ils soulignent que cette adaptation ne sera pas possible pour toutes les espèces, les espèces polaires n’ayant “guère d’espaces vers où migrer” ! L’augmentation de la température de l’eau affecterait particulièrement les populations de krill et de plancton. Le plancton polaire, en raison de sa faible capacité d’adaptation à une température plus importante de par son patrimoine génétique, pourrait décliner et être remplacé par un plancton tropical, plus petit, moins riche en lipides, selon les études scientifiques. Cela affecterait le taux de carbone absorbé dans l’océan et la santé de nombreuses espèces consommant le plancton.

Un réchauffement de l’eau génère une modification des propriétés physico-chimiques fondamentales de l’océan.

  • L’acidification de l’océan : Le plancton mais aussi de nombreux autres organismes marins comme les crustacés et les coraux sont également fragilisés par l’acidification de l’océan. Il s’agit d’un phénomène résultant de la dissolution du CO2 accumulé et d’autant plus important dans les eaux froides. Cela se traduit par une diminution des ions carbonates, nécessaires à la fabrication de leur squelette ou coquille calcaire. 
  • La diminution de l’oxygène : Le réchauffement climatique occasionne une diminution de l’oxygène qui est disponible dans l’océan, et elle serait particulièrement forte dans l’océan Arctique. Sont alors prévisibles une réduction de l’aire de distribution de nombreuses espèces, et une augmentation de leur vulnérabilité (prédation, parasites, carence énergétique…).

Ces phénomènes agissent sur le fonctionnement des écosystèmes et sur les espèces marines elles-mêmes, en impactant leur santé, leur succès reproducteur, leur croissance, résument Laurent Bopp et son équipe. De plus, des effets en cascade sur les écosystèmes marins sont prévisibles du fait de la vulnérabilité du plancton face à ces changements et son rôle clé dans les chaînes alimentaires.

Les autres menaces liées aux activités humaines locales

Queue d’une baleine à bosse (Megaptera novaengliae) © Mathieu Marzelière, Canada

Plusieurs types de pollution affectent la biodiversité de l’océan Arctique.

La pollution chimique

Des polluants chimiques, notamment le mercure et les POPs (polluants organiques persistants) sont apportés par les animaux migrateurs ou transportés par voie aérienne et aquatiques. Ils s’accumulent dans les tissus adipeux des animaux et particulièrement dans ceux des prédateurs, au sommet des chaînes alimentaires.

La pollution plastique

Les courants océaniques font de l’océan Arctique un potentiel “cul-de-sac” où s’accumulent les déchets, notamment plastiques. Selon l’UNESCO, 8 millions de tonnes de déchets en plastique se retrouvent dans les océans chaque année. En plus de gâcher le paysage du flâneur en quête de nature, les déchets affectent la santé de la faune par enchevêtrement, ingestion, ou intoxication. Chaque année, plus d’un million d’oiseaux marins et plus de 100 000 mammifères marins en meurent, selon l’UNESCO. Les débris peuvent également servir de transports en commun pour diverses espèces potentiellement invasives, qui perturberont l’écosystème…

La pollution sonore

Le bruit induit par les activités humaines en mer (trafic maritime, forage…) impacte l’ensemble des animaux marins, qu’ils entendent ou non le son. Toutes les informations que le son transmet lui font revêtir une importance capitale dans un monde d’obscurité. La pollution sonore, encore peu étudiée, peut induire des réactions de stress, provoquer des traumatismes, nuire à la communication entre les individus, ce qui aura des effets sur la reproduction, l’orientation, la recherche de nourriture. Les mammifères marins sont particulièrement vulnérables à cette pollution, étant donné leur forte utilisation de leurs cellules auditives. Nombre de baleines, dauphins ou marsouins utilisent en particulier l’écholocation, un processus consistant à émettre un son et interpréter sa vibration pour connaître l’environnement.

La teneur de ces différentes pollutions sera probablement renforcée par l’augmentation du trafic maritime dans l’océan Arctique, en raison de la fonte des glaces ouvrant de nouvelles voies navigables, de l’essor des activités de commerce et de l’intensification de la prospection ou de l’exploitation des ressources naturelles (Gavrilchuk et Lesage, 2014). En effet, près d’un quart des ressources mondiales en énergie fossile se situerait en Arctique, selon un rapport de l’US Geological Survey (2008).

Pourquoi et comment agir ?

Des défis auxquels nous devons faire face

Le simple fait que ces problématiques en apparence lointaines vont impacter nos sociétés ne nous permet pas de les ignorer. Au niveau local, la modification de la biodiversité et de l’environnement impacte directement le mode de vie des populations qui y sont liées de manière étroite sur plusieurs plans. Fabienne Joliet et Laine Chanteloup attirent l’attention sur le fait que le bouleversement de l’écosystème arctique questionne la “survie et [la] prise en compte culturelle des savoirs autochtones notamment”. Les communautés et infrastructures humaines sont menacées par le dégel du sol, une augmentation des tempêtes, et la réduction potentielle de certains habitats naturels protecteurs du littoral, comme les récifs coralliens ou les mangroves. De plus, comme le soulignent Bopp et al., l’océan fournissant 11 % des protéines animales consommées par les humains, la réduction de l’abondance des espèces marines menacerait la  sécurité alimentaire de millions de personnes. Elles ingèrent par ailleurs les polluants concentrés dans l’organisme des prédateurs.

Protéger l’Arctique peut sembler une tâche vertigineuse… Chacun détient en fait une pièce du puzzle pour améliorer la situation, par exemple via son mode de transport, de consommation, le type de ressource que l’on choisit d’utiliser… C’est notre manière d’habiter le monde et notre relation à l’environnement qui doit être questionnée.

Le rôle des scientifiques et de GLACIALIS

Notre tâche à nous, scientifiques, est de poursuivre la compréhension de ces problématiques naturelles, par l’étude des propriétés biochimiques de l’environnement et des organismes qui y vivent. Et le besoin de connaissances sur l’océan Arctique est à la hauteur des enjeux qui s’y déroulent : 91% des espèces dans l’océan attendent encore d’être décrites pour Mora et son équipe (2011), et  parmi l’ensemble des océans, c’est celui de l’Arctique qui est le moins échantillonné (Conseil de l’Arctique, 2009). 

Atlas on the water
Le voilier de l’expédition: ATLAS

GLACIALIS est un projet d’expédition qui cherche à favoriser la connaissance et la protection de cet écosystème.

  • En développant avec de nombreux partenaires scientifiques des protocoles de recherche innovants adaptés aux petites plateformes de recherche et aisément réplicables.
  • En contribuant concrètement à la documentation de l’état de l’océan en étudiant le plancton, les micro-plastiques, et les mammifères marins. 
  • En participant à des projets favorisant la cohabitation de l’homme et de la biodiversité, notamment via des systèmes pour éviter les collisions entre navires et baleines.

Découvrez nos articles et rentrez en détail dans les différents aspects du projet:

Drones ou véhicules aériens sans pilote dans la recherche sur les baleines
Surveillance des pollutions par les microplastiques
Science ouverte et intelligence artificielle

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SOURCES

Pollutions dans l’océan Arctique

Fréquentation de l’océan Arctique

  • K. J. Bird, R. R. Charpentier, D. L. Gautier, D. W. Houseknecht, T. R. Klett, J.K. Pitman, T. E. Moore, C. J. Schenk, M. E. Tennyson, et C. R. Wandrey, “Circum-Arctic Resource Appraisal: Estimates of Undiscovered Oil and Gas North of the Arctic Circle”, U.S. Geological Survey (USGS), 2008. URL : https://pubs.usgs.gov/fs/2008/3049/
  • K. Gavrilchuk, & V. Lesage., “Large-scale marine development projects (mineral, oil and gas, infrastructure) proposed for Canada’s North. Canadian Technical Report of Fisheries and Aquatic Sciences”, 2014

État de la connaissance scientifique sur l’Arctique

Menaces pesant sur l’Arctique

Impact des problématiques naturelles de l’Arctique sur les humains